L'Éducation vietnamienne sous l'époque coloniale

Table-ronde
L’Éducation vietnamienne sous l’époque coloniale
Parution de la collection « Francophonie » – deuxième phase

Langue de la table-ronde : vietnamien

Intervenants:

  • Mme. Nguyen Thi Hanh, Professeur agrégée, Directrice du Centre D’Etude et de Coopération Francophones en Asie-Pacifique
  • Professeur agrégé – Dr. Le Anh Vinh, vice-directeur de l’Institut des Sciences de l’Éducation du Vietnam
  • MC: M. Mai Anh Tuan, Docteur ès lettres

« L’Indochine, et notamment le Vietnam, constitue un cas particulier dans l’Empire Français. En effet, le Vietnam précolonial disposait d’un système d’enseignement fonctionnel, institution confucéenne héritée de la longue domination chinoise. 

Une série de concours de difficulté croissante permettait de devenir mandarin ou lettré, ce qui procurait richesse, prestige et honneurs. A la fin du XIXe siècle, cette méritocratie était cependant en perte de vitesse, victime de son inadaptation. Il reste que l’éducation, inscrite dans l’identité culturelle vietnamienne, est profondément respectée, en tant que vecteur de savoir et de promotion sociale. Les Français intégrèrent cette particularité culturelle dans le développement du système éducatif colonial en Indochine, qui fut le plus élaboré et le plus complet de toutes les colonies françaises.

Dans les premières décennies du XXe siècle, les nouvelles élites indochinoises, formées à la française et soucieuses de modernité, cherchent à profiter des bienfaits de la mission civilisatrice. Elles exigent pour leurs enfants l’accès à l’éducation, et en particulier à l’éducation secondaire et supérieure. La réponse qu’ils reçoivent n’est pas à la hauteur de leurs espérances. Les écoles françaises d’Indochine leur sont ouvertes, mais les places sont chères et les débouchés sont rares. Dès que la situation politique se tend, les autorités restreignent l’accès des Indochinois à l’enseignement français, en limitant par exemple les départs des étudiants vers la France, comme dans les années 1930. 

Ceux qui vont étudier en France en reviennent avec l’idée que les valeurs qui ont cours en métropole sont dévaluées dans leur propre pays. Les élèves prennent conscience de l’injustice d’une éducation qui fait l’éloge de la liberté individuelle et de l’esprit critique, alors même que l’expression de ces valeurs est réprimée en Indochine. Une partie de cette génération vient grossir les rangs de tous ceux, nationalistes, communistes, trotskistes, qui ne se contentent plus d’un simple réformisme colonial et mobilisent dans leur lutte les compétences et les savoirs acquis dans les établissements français. Mais, dans le même temps, l’enseignement garde tout son prestige auprès des élites vietnamiennes, cambodgiennes et laotiennes. Quand l’influence politique et militaire de la France décline à partir des années 1940, ces élites continuent à envoyer leurs enfants dans les lycées français. »

 

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